13 septembre 2009 Le gouvernement fidèle à l’esprit de 2004

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Lors de son entretien avec Les Nouvelles Calédoniennes, le Président du Congrès est revenu sur les mesures annoncées par Philippe Gomès dans la déclaration de politique générale de son gouvernement. Des mesures fidèles à l’esprit de 2004. L’occasion aussi de rappeler que nombre de mesures annoncées avaient été préparées ou initiées par son équipe gouvernementale. Voici l’intégralité des propos d’Harold Martin.

« J’applaudis à l’annonce des propositions sociales de Philippe Gomès, car elles sont en effet dans la droite ligne de la politique choisie par les Calédoniens en 2004 et confirmée en 2009. Elles sont aussi dans la continuité des réformes que j’avais menées ou initiées au gouvernement. Mais on ne réforme pas le pays en profondeur avec le renouvellement des institutions en ligne de mire, ce qui fut mon cas.

A l’inverse, Philippe Gomès bénéficie aujourd’hui d’un contexte favorable, en début de mandature, pour poursuivre les réformes nécessaires à la Nouvelle-Calédonie.

La mise en œuvre de l’Accord de Nouméa

J’applaudis encore quand, dans les premières lignes de son discours, le président du gouvernement place son action sous l’égide de l’Accord de Nouméa. Mettre en œuvre l’Accord de Nouméa, c’est bien ce que nous faisons depuis 2004. C’est bien ce que j’ai fait au gouvernement, en faisant avancer des sujets de fond, qui étaient en panne depuis de nombreuses années, comme le schéma et le code miniers, les signes identitaires et l’emploi local.

La redistribution des fruits de la croissance

De même j’applaudis à toutes les mesures d’ordre social énoncées par Philippe Gomès, parce la redistribution des fruits de la croissance est un vrai problème de fond en Nouvelle-Calédonie. Ce problème, je l’avais déjà identifié au gouvernement, mais aucune donnée, aucune étude ne venait étayer le constat : tout simplement parce qu’il n’y avait ni chiffre, ni étude sérieuse. C’est pourquoi mon gouvernement a fait procéder à deux études :

  • l’une réalisée par la DTE avec l’ISEE, sur les salaires a nourrie les réflexions de la Conférence sociale sur les salaires qui s’est tenue le 10 mars avec l’ensemble des partenaires sociaux ;
  • l’autre sur la répartition des fruits de la croissance (capital/travail) avait été analysée et commentée par un économiste agissant comme consultant pour la Nouvelle-Calédonie, Olivier Sudrie. Ce travail avait été présenté et discuté lors de la Conférence économique du 2 avril 2009.

Ainsi, entre 2000 et 2006 la courbe des salaires est restée parfaitement horizontale, alors que dans le même temps la courbe du profit des entreprises s’est envolée, creusant du même coup l’écart entre revenus du travail et revenus du capital. Résultat : en 2006 (ce sont nos derniers chiffres ISEE !), 70% des salariés calédoniens du privé gagnaient moins de 200 000F ; 30% des salariés ne dépassaient pas même les 125 000F/mois contre seulement 8% qui étaient au dessus des 400 000F/mois.

Le constat était édifiant et pour l’économiste Olivier Sudrie, que je cite « Ces inégalités, criantes sont facteur d’un risque économique et social majeur ». Alors bien sûr, j’applaudis encore quand Philippe Gomès annonce son intention d’augmenter le SMG en trois étapes pour atteindre les 150 000F/mois au 1er janvier 2012. Mais il ne faudrait pas que les classes moyennes soient les « laissés pour compte » d’une politique de partage des fruits de la croissance. Là encore le travail était bien entamé.

Lors de la conférence économique, l’ensemble des patrons présents avait pris devant moi l’engagement de faire profiter leurs salariés des gains de productivité, que je les incitai à faire. J’avais obtenu l’accord de tous les représentants du patronat pour une revalorisation de l’ensemble des grilles salariales. Moins d’un mois plus tard, le MEDEF se rétractait par courrier. Comme le MEDEF a salué, dans vos colonnes par communiqué, la déclaration de politique générale de Philippe Gomès, tout en faisant part de ses réticences sur le financement des mesures salariales et sociales.

Aussi j’applaudis encore à l’énoncé de la méthode choisie par Philippe Gomès : soit un accord par branche se dessine avec les partenaires sociaux, soit l’augmentation sera fixée d’autorité.

L’intéressement des salariés

Mon gouvernement avait commandé une étude qui démontrait que seulement 12% des salariés de Nouvelle-Calédonie bénéficiaient de la prime d’intéressement, et de surcroît c’étaient plutôt les petites entreprises qui la servaient à leurs employés.

Dans l’urgence j’ai créé la « prime bonus » qui était « décafatée ». Cette prime exceptionnelle, intégrée au « Projet de loi du pays portant diverses disposition relatives au droit du travail », était octroyée fonction des résultats de l’entreprise, net de charges patronales et plafonnée à 250 000F, alors qu’en métropole, où elle a été créée en 2006 elle est plafonnée à 119 000F. Pour ma part, je pense qu’il est temps aujourd’hui de rendre la prime d’intéressement obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés, et de voter la mesure au Congrès d’ici à la fin de l’année. Bien sûr je mesure la difficulté d’être à la tête d’une entreprise, surtout d’une PME/PMI, avec les problèmes liés à l’étroitesse du marché, à la concurrence, le renouvellement des technologies, la nécessaire formation des hommes et des femmes et la pression constante des syndicats. Je connais le mérite de nos chefs d’entreprises, je vois aussi les inégalités s’accroître et peser sur la paix sociale.

Poursuite de la politique sociale et solidaire 

Dans le cadre d’une meilleure répartition des richesses je me réjouis que le nouveau gouvernement ait repris le dossier, finalisé par mon gouvernement, des aides à la garde d’enfants qui reste pour les jeunes parents un gros poste de dépenses (30 à 60 000 F/mois). Mon gouvernement a longuement travaillé pour doter la Nouvelle-Calédonie d’une loi majeure sur le handicap. S’agissant de nos concitoyens handicapés, nous sommes passés de l’ombre à la lumière : à tous nous avons rendu leur dignité, à ceux qui peuvent travailler, nous avons donné des droits et aux autres, un revenu minimum de solidarité. Aussi, j’applaudis quand Philippe Gomès propose un prélèvement de 1% sur le capital et sur le travail pour pérenniser le financement du handicap.

Comme il est clair que le financement d’une politique de solidarité plus audacieuse encore ne peut se traduire par une aggravation de la pression fiscale sur les salariés. En la matière nous avons atteint un taux de prélèvement maximum : 29%. La réponse de cette équation est dans un plus juste partage des fruits de la croissance. »

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