03 septembre 2011 Congrès : tous avec Sarkozy sauf…

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Le Congrès a adopté, hier, le budget supplémentaire de la Nouvelle-Calédonie préparé par le gouvernement d’Harold Martin. L’Avenir Ensemble, le Rassemblement-UMP, l’UC et le Palika ont voté pour ce budget qui prévoit de vrais réformes contre la vie chère, le minimum vieillesse, met en place un calendrier pour la TVA et remet la Calédonie au travail. Le parti travailliste s’est abstenu tout en soutenant la politique du nouveau gouvernement. Seuls le parti de Philippe Gomès et ses « pas drôles de dames » ont voté contre, se plaçant plus que jamais dans l’opposition. L’opposition au gouvernement. L’opposition aussi au Président de la République Nicolas Sarkozy : c’est le sens de l’intervention de Pascal Vittori, lors de l’explication de vote. La voici :  

« Monsieur le Président,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour l’examen du budget supplémentaire 2011 de la Nouvelle-Calédonie qui s'établit à 38 milliards 534 millions dont 12 milliards 239 millions en section d'investissement et 26 milliards 294 millions en section de fonctionnement, ce qui porte le budget 2011 à 210 milliards 924 millions à comparer aux 202 milliards 383 millions du compte administratif. Cette évolution montre que peu à peu, la Nouvelle-Calédonie retrouve des budgets comparables à ceux qu'elle connaissait avant la crise. Ce qui est porteur d'espoir. Ce budget que nous voterons est soumis à notre examen quelques jours seulement après la visite en Nouvelle-Calédonie du Président de la République. Cette visite a accéléré la réélection du Président du Congrès et le retour de notre institution à un fonctionnement normal. Et c’est tant mieux, la Nouvelle-Calédonie a besoin d'avancer. Cette visite du Président de la république a permis de chasser un certain nombre d’inquiétudes qui rongeaient les Calédoniens :

  • Inquiétude au sujet des deux drapeaux pour lesquels Il a rappelé : «  l’Accord de Nouméa nous demande de rechercher en commun ce signe identitaire qui, aux côtés des quatre autres, servira de fondement à un futur partagé entre tous. Nous ne sommes pas déliés de cette exigence, il vous appartient d’en rechercher les modalités. Mais tant qu’aucune autre solution n’aura été trouvée, les deux drapeaux continueront à flotter ensemble en Nouvelle-Calédonie, ainsi que l’a décidé le Congrès. »
  • Inquiétude au sujet de l’élection d’un indépendantiste  à la Présidence du Congrès, il considère que le partage original des compétences entre la France et la Nouvelle-Calédonie se double depuis quelques mois d'un meilleur partage des responsabilités au niveau local. Tout ceci lui semble aller dans le bon sens, celui de l'apaisement, du dialogue entre les communautés, et celui du consensus qui est au cœur de l'Accord de Nouméa. Il nous dit : « Vous pouvez en être fiers, et vous avez tous à y gagner. »
  • Inquiétude au sujet d’une éventuelle partition de la Nouvelle-Calédonie : le Président estime que « Quand on est un petit territoire, si en plus on raisonne en termes de partition, c’est qu’on recherche la mort du territoire, pas sa grandeur. Dans mon esprit il n’y a pas, il ne peut pas y avoir une « Calédonie de culture kanak » au Nord et dans les Iles et une « Calédonie de culture européenne » au Sud. A mes yeux vous formez un ensemble indivisible que rien ne devra séparer. Il y a tout cela dans les deux drapeaux. »
  • Inquiétude à propos de la violence :  au sujet de laquelle il nous dit : « Je vous ai appelé à des compromis, je vous ai appelé à des concessions, mais il y a un domaine où il n’y aura pas de compromis et pas de concession : c’est la lutte contre la violence. »
  • Inquiétude au sujet des transferts financiers de la métropole : il affirme« La France, ce n’est pas une somme d’écritures comptables où chaque territoire serait évalué à l’aune de ce qu’il coûte et de ce qu’il rapporte. La France, c’est une histoire. La France a une histoire de plus de 150 années en Nouvelle-Calédonie. Cette histoire confère à la France des responsabilités ici. »

La visite du Président de la République a permis l’apaisement, le retour à la confiance. Et nous avons un devoir désormais : répondre rapidement aux préoccupations des Calédoniens. Nous devons répondre aux attentes de l’intersyndicale contre la vie chère au travers de «la commission spéciale pour l’élaboration et le suivi d’accords économiques et sociaux » que nous allons créer aujourd’hui. Commission qui doit être porteuse de propositions concrètes et d’un calendrier de mise en œuvre rapide.  

Nous devons répondre aux attentes du secteur du BTP. Même si 230 millions de mesures nouvelles sont prévus au budget supplémentaire pour l’aménagement et l’entretien des routes. Ce qui porte les crédits de paiements à 2 milliards trois cent millions sur l’année 2011 pour la réalisation du plan quinquennal 2010-2014. Nous devons poursuivre l’effort de montée en puissance réalisé depuis 2008, nous devons améliorer nos calendriers de réalisation et nos taux d’exécution budgétaire en matière de réalisations d’infrastructures routières.

Même si 3 milliards 5 cent millions sont prévus pour le financement et le suivi du Médipole de Koutio, nous devons nous assurer que le chantier évolue le plus rapidement possible pour le bénéfice des sociétés Calédoniennes et pas seulement de quelques multinationales. Nous devons répondre aux attentes des Calédoniens sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Comme l’Avenir Ensemble le dit depuis 2009, la conviction du Président de la République « c’est que nous ne pouvons pas attendre passivement la date de 2014, qui ouvrira la période au cours de laquelle le Congrès pourra demander la consultation des Calédoniens sur le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité ».

Les choses sont maintenant bien avancées en ce domaine avec la création de trois groupes de travail de haut-niveau:

  1. le premier sur la stratégie du territoire vis-à-vis du nickel ;
  2. le second sur le bilan de la mise en œuvre de l’Accord de Nouméa ;
  3. et le troisième pour étudier un panorama de l’ensemble des solutions institutionnelles imaginées dans le monde par des territoires qui sont engagés dans un processus comparable à celui de la Nouvelle-Calédonie. 

Ces comités se réuniront de nouveau à Nouméa le 14 octobre et poursuivront leurs discussions tout au long des années 2012 et 2013 pour que nous soyons prêts pour l’échéance de 2014. La visite du Président de la République a permis de dessiner les premiers contours de ce que pourrait être un accord qui associerait la Nouvelle-Calédonie aux compétences régaliennes, sans que celles-ci ne lui soient totalement transférées.

Ainsi sur la question de la citoyenneté le Président de la république disait : « l’Accord de Nouméa nous demande de  poser les bases d’une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, … j’ai donné mon accord pour que vous y travailliez, de façon positive, pour que vous réfléchissiez sur ce qui vous rapproche, sur ce que vous pouvez construire ensemble. Je n’ai pas peur de cette démarche. La République est suffisamment solide pour supporter que des hommes de bonne volonté débattent ici de cette question. »

Sur la question des affaires étrangères  et de la défense, a une demande de Rock Wamytan en séance de travail au Haut-Commissariat qui proposait que la défense et les matières stratégiques soient réservées à l’Etat alors que les relations avec les pays du Pacifique seraient réservées à la Nouvelle-Calédonie, le Président de la République a répondu positivement. Cette possibilité s’ajoute aux actions en cours préparant l’installation de  diplomates calédoniens dans les ambassades de France du Pacifique. Sur la question de la justice, depuis deux ans déjà au Comité des signataires, le FLNKS a demandé à l’Etat que des juges calédoniens soient formés.

On le voit bien, au fil du temps, au fil des discussions, se dessine le visage d’une Nouvelle-Calédonie aux compétences nouvelles, sans rejet de la France mais assumant au contraire son passé et son histoire avec elle dans la construction d’un avenir commun. Les Calédoniens peuvent donc espérer et avoir confiance, un avenir de paix se prépare pour eux et pour les générations futures.

Je voudrais conclure, Monsieur le Président, par une phrase du Président de la République elle aussi pleine d’espoir : « La Nouvelle-Calédonie est une réussite. J’en suis heureux et j’en suis fier. Je suis fier de ce que vous avez réussi, de ce qu’ensemble nous avons réussi à construire ici. C’était si facile de détruire, ça va si vite la destruction et la violence. Et ça prend tant de temps et tant d’efforts la construction d’un avenir commun. »

Pascal VITTORI

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