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Un geste pour ouvrir les discussions avec les indépendantistes…

lettre_0908_martin.jpgPierre Frogier a lancé le débat au sujet du drapeau – débat important. Mais je demande aux Calédoniens de faire un effort de mémoire et de se souvenir.

 

Il y a 20 ans c’était les événements, un pied dans la guerre civile. Depuis 1988 – Matignon – depuis 1998 – l’Accord de Nouméa – c’est la paix, la prospérité, le développement. Que chacun mesure le chemin parcouru. J’ai l’habitude de dire que c’est une formidable belle histoire que l’histoire de ces 22 dernières années.

 

Pourtant après la poignée de mains entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou beaucoup n’y croyaient pas, notamment dans notre camp, celui des partisans de la France. Aujourd’hui une très grande majorité remercie et salue l’audace de Jacques Lafleur et les risques politiques qu’il a pris.

Par cette proposition du drapeau Pierre Frogier créé les conditions du dialogue et de la discussion avec les indépendantistes. C’est un gage d’ouverture posé sur la table des négociations qui s’apparente pour moi à un geste fort pour introduire des discussions avec notre partenaire local.

 

Je salue donc cette initiative et j’insiste sur ce point. Quand il s’agit de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, de l’intérêt général, alors il faut faire abstraction de son intérêt personnel, mettre de côté les postures politiciennes, partisanes ou boutiquières. Quand c’est positif pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, je n’ai pas peur de dire que c’est bien, même si ça sort de la bouche de X, Y ou Z, de Pierre Frogier ou de Philippe Gomès.

 

Et puis enfin, le Calédonien que je suis, viscéralement attaché à cette terre, sait aussi aujourd’hui qu’un pavillon hissé aux côtés des couleurs de la République, est bien peu de choses en regard de la préservation et de la pérennisation de la paix. La paix, cette condition impérieuse, chacun le sait, pour mener à bien le chantier du destin commun.

 

Je comprends, bien sûr, que le débat sur le drapeau soit vécu de façon émotionnelle par certains parce que le drapeau du FLNKS est un drapeau historiquement et politiquement très chargé. S’il faut cependant passer par ce geste du drapeau pour ouvrir les négociations, nous le ferons sans hésiter. Cela ne veut pas dire qu’il faille renoncer à l’idée d’un drapeau commun, consensuel et exprimant le vivre ensemble.

 

En 1988 et en 1998, lors des accords, chacun a fait des compromis. Des compromis qui n’étaient pas des compromissions. Alors, bien évidemment, il y aura de nouvelles concessions à faire, c’est cela une négociation.

 

D’autres questions d’importances se poseront avec plus d’acuité encore. Je pense par exemple à la définition de la future citoyenneté : qui et comment devient-on citoyen calédonien ou encore au futur corps électoral.

 

Un comité des signataires doit se tenir à Paris à la mi-avril, ce doit être pour moi, l’occasion d’une discussion politique.

 

Pour s’y préparer, je propose dès à présent que les signataires de l’Accord de Nouméa se retrouvent localement, dans les meilleurs délais, ce qui permettrait des discussions déconnectées des passions, afin de définir à la fois l’ordre du jour politique du prochain Comité des Signataires mais aussi le calendrier des futures discussions sur notre avenir institutionnel, c'est-à-dire sur le processus de sortie de l’Accord de Nouméa.

 

Aujourd’hui, en ce début de mandature, l’horizon est dégagé : la modification de la loi organique et les transferts de compétences ont été votés à l’unanimité par les élus du Congrès. Nous avons, comme on dit, une belle fenêtre de tir pour entamer, dès à présent les discussions sur l’après-Accord. Je rappelle que la solution consensuelle imaginée en 1991 par Jacques Lafleur n’a abouti qu’avec l’Accord de Nouméa, sept ans plus tard en 1998.

 

Je vois donc pour ma part mille raisons d’ouvrir les négociations de sortie de l’Accord de Nouméa dès aujourd’hui. Je ne vois, en revanche, aucune raison recevable pour les différer jusqu’en 2014.

Alors que je reviens de Paris, où j’ai eu des entretiens à l’Elysée, au ministère de l’Outre Mer, à l’Assemblée et au Sénat, sur les bancs de la majorité comme sur ceux de l’opposition, je ne comprends toujours pas la position du président du gouvernement qui, auprès de ces interlocuteurs, a fait valoir qu’aucune discussion ne devait démarrer avant les élections provinciales de 2014.

Et, je ne comprends toujours pas que le président du gouvernement conteste le Président de la République, Nicolas Sarkozy, quand il nous invite à tourner cette nouvelle page d’histoire, quand il dit dans ses vœux à la France ultramarine :

« Je veux dire à tous les Calédoniens qui nous écoutent qu'il faut que, bien avant 2014, s'ouvrent des discussions pour que la consultation prévue par l'Accord de Nouméa se traduise par un résultat approuvé par une très large majorité des électeurs ».

Il existe un état d’esprit entre les signataires, un lien fort entre les garants de la paix : c’est d’ailleurs probablement une des raisons que font que les signataires, je le constate aujourd’hui, sont tous d’accord pour entamer des discussions sur la sortie de l’accord de Nouméa.

 

Ils sont en outre également d’accord pour sortir du processus de l’accord de Nouméa dès 2014. Et quand je dis tous d’accord, je veux bien dire tous les signataires avec qui je me suis entretenu bien évidemment, y compris l’Etat par la voix du haut-commissaire, et par celle incontestable du Président de la République.

 

S’ils portent la responsabilité historique de l’Accord, il incombe aussi aux signataires de ne pas laisser les Calédoniens dans le flou, et leur montrer la voie d’une sortie pérenne.

 

Vingt ans après les accords de Matignon, dix ans après la signature de l’Accord de Nouméa, les Calédoniens veulent aujourd’hui être fixés durablement et sereinement sur leur avenir. Prolonger la période d’incertitude c’est prolonger l’hypothèque pour une génération de plus, entamer la confiance, pénaliser l’investissement et freiner les projets d’avenir.

 

Je vois les discussions qui devront s’ouvrir dès après le prochain comité des signataires en deux temps.

Il s’agira dans une première phase de faire un tour d’horizon de ce qui a été fait ailleurs ou des expériences en cours, autant d’exemples qui pourront nous être utiles, car sur le plan juridique, on le sait bien, rien n’est jamais simple.

 

Une fois ce travail réalisé,  il s’agira de conduire les négociations à proprement dit avec notre partenaire local. Ces deux phases devront se dérouler d’ici 2014.

 

Je n’oublie pas, dans la perspective de ces négociations, qu’un accord pérenne nécessite aussi l’aval du troisième partenaire qu’est l’Etat.

 

Nous devrons bien évidemment savoir ce que veut l’Etat pour la Nouvelle-Calédonie et jusqu’où l’Etat est prêt à nous accompagner dans notre démarche institutionnelle.

 

Il y a quelques jours, le Haut-commissaire faisait part de son optimisme en soulignant qu’ « il n’y a pas d’autre voie que le dialogue et la recherche d’une solution.»

 

Je partage, bien sûr, cet enthousiasme. Mais rien de tout cela ne pourra se faire sans des hommes et des femmes de volonté pour qu’un chemin commun soit trouvé, pour qu’une solution définitive soit élaborée et que l’on sorte du clivage indépendance-non indépendance pour bâtir un vrai projet de société commun.

 

J’ai appris que rien n’est irréparable en politique, qu’il faut guérir les maux, ne jamais les venger et constamment proposer, discuter et trouver des voies médianes acceptables par tous.

 

 

Harold MARTIN